Le 12 juillet, je coupais une vieille barre de métal dans mon jardin. La lame de la machine a touché une pierre, une étincelle a sauté dans l'herbe sèche, et en quelques secondes les flammes étaient plus hautes que moi. Le feu est monté sur la colline derrière le village, il a fallu évacuer onze maisons, et les pompiers ne l'ont maîtrisé qu'à l'aube. La pente nord n'était plus que cendre grise. Personne n'a été blessé, mais une rumeur va plus vite qu'un feu : en trois jours, chacun savait qui tenait la machine. Certains me saluaient trop poliment ; d'autres ne me saluaient plus. L'enquête a été courte : ces travaux n'étaient pas encore interdits. Légalement, je n'avais commis aucune faute. Cela ne m'a pas absous à mes propres yeux, car la culpabilité n'a pas besoin d'un tribunal. Une ingénieure des forêts, venue mesurer les dégâts, a déplacé la question. Sur des photos de 1960, la colline était couverte d'herbe courte, et un berger y menait ses moutons. Depuis le départ du dernier troupeau, en 1974, rien n'a remplacé le bétail, et une accumulation de buissons et d'herbe sèche s'est installée, imperceptible pour ceux qui vivaient à côté. Selon elle, le feu était latent depuis longtemps : l'étincelle n'était que le hasard, la colline était prête. Elle le disait avec un pragmatisme presque technique, sans chercher à me consoler, et ses mots m'ont fait du bien, puis m'ont dérangé. Car cette explication est confortable : elle transforme une faute en statistique, et un coupable en tout le monde, donc en personne. Ma voisine, qui a perdu ses arbres, sait seulement que c'était ma main sur la machine. Je crois qu'elles ont raison toutes les deux, et ces deux vérités me semblent inconciliables. Au printemps, la colline a changé plus vite que nous. Trois semaines après les premières pluies, de petites tiges vertes sortaient de la cendre, et les buissons, dont les racines n'avaient pas brûlé, sont déjà revenus. Ironiquement, le feu a obtenu ce que cinquante ans de réunions n'avaient pas obtenu : la mairie paie maintenant un agriculteur pour que son bétail passe l'été sur la colline. Les rapports des pompiers dormaient dans un tiroir depuis 2003. Je monte parfois voir les vaches. Elles mangent ce qui aurait brûlé l'été prochain, et personne ne les félicite. Je ne coupe plus de métal en juillet. Cela ne répare rien, mais je n'ai pas trouvé d'autre façon d'expier une faute qui, pour le village, est déjà un accident.