Chez nous, quand il y a un orage, on compte. Mon père m'a montré la méthode : tu vois la lumière, tu comptes les secondes, tu attends le bruit. Après, tu divises par trois. Ça fait les kilomètres. Cet hiver, mon fils a appris la vitesse du son à l'école. Trois cent quarante mètres par seconde. Il a fait un tableau sur une feuille, avec les secondes et les mètres. Il m'a dit que ma méthode était juste : trois secondes, c'est un kilomètre. En juillet, un orage est arrivé par le sud. Mon fils a compté neuf secondes. « Trois kilomètres. On a le temps. » Il est sorti chercher son vélo dans le jardin. L'autre lumière est venue avec le bruit. Une seconde, pas plus. Mon fils est rentré sans le vélo. Un orage n'avance pas en ligne droite, à vitesse constante. Le calcul donne une distance, pas une direction. Mon fils compte toujours. Mais maintenant il compte depuis la porte de la cuisine.