Le grenier de la mairie garde les registres de l'école de 1889 à 1962. Nous sommes trois bénévoles à les ranger, et la poussière est le côté facile du travail. Dans le village, on explique les longues vacances d'été par la chaleur. Tout le monde le dit et personne ne l'a vérifié. Les registres disent autre chose. Les mois vides ne sont pas juillet et août : ce sont juin et octobre. En juin 1904, la classe de garçons compte 41 élèves inscrits et 17 dans la salle. En décembre de la même année, ils sont 39 sur 41. À côté des noms qui manquent, le maître écrit toujours les mêmes deux mots : aux champs. Il ne les explique jamais et il les répète pendant quarante ans. Les vacances, elles, ne sont pas où nous les attendons. Sur ces pages, elles commencent le premier août et elles finissent le premier octobre. La chaleur explique mal ces dates : en juillet, les enfants étaient en classe, et juillet est plus chaud qu'octobre. Le mois libre suivait les champs, pas le soleil. Après la guerre, les dates ont bougé vers juillet et septembre. Les fermiers étaient moins nombreux, les machines faisaient le travail de vingt mains, et le maître a arrêté d'écrire ses deux mots. Ce qui n'a pas bougé, ce sont les deux mois. Ils ont survécu à la raison qui les avait ouverts. Aujourd'hui, le village défend ces dates avec d'autres raisons : le prix de la garde des enfants, la semaine à la montagne, les visiteurs de l'été. Aucune n'existait en 1904, et toutes tombent sur les mêmes semaines. Nous voulons imprimer un panneau pour la cour de l'école, et une seule phrase a pris deux réunions. Le maire demande d'écrire que les enfants aidaient leurs parents. Un bénévole veut écrire qu'ils travaillaient. Dans les registres, il n'y a ni l'un ni l'autre : le maître écrit où sont les enfants, jamais ce qu'ils font.