Il y a deux ans, un conseiller nous a proposé un tarif : l'électricité moins chère pendant certaines heures, plus chère pendant les autres. Nous avons signé. Nous avions compris une chose simple : les heures creuses sont les heures de la nuit. Ce mot n'était sur aucune ligne, mais il était dans nos têtes. La maison a donc changé. Le linge après le dîner, l'eau chaude entre dix heures et minuit, et on repassait le dimanche matin. Cela avait un prix qui n'était pas dans le contrat. On dînait plus tôt, ma fille travaillait avec le bruit de la machine, et quelqu'un se levait à onze heures. Pendant un an, nous étions sûrs de gagner de l'argent. La somme du mois ne le disait pas, mais on accusait l'hiver. Ma mère habite au même étage et elle n'a rien changé. Elle lavait son linge le matin et on la trouvait têtue. En janvier, ma voisine m'a dit que ses heures creuses commençaient à midi. J'ai cru qu'elle se trompait. J'ai appelé. Un conseiller a lu la ligne de notre contrat : nos heures creuses allaient de midi à trois heures, puis d'une heure à six heures du matin. Le soir n'y était pas. Un an de linge tard le soir, pour rien. Personne ne nous avait menti et personne n'avait lu cette ligne. Ma mère était dans les bonnes heures sans le savoir. Il a expliqué pourquoi ces heures changent d'une rue à l'autre. Ce ne sont pas des heures de récompense : ce sont les heures où le réseau a trop d'électricité et cherche quelqu'un pour la prendre. La machine tourne maintenant à midi et ma fille travaille dans le silence. La somme du mois a baissé de sept euros. Ce n'est pas elle qui me reste en tête : nous avions organisé un an de soirées autour d'une heure qui ne nous appartenait pas.