Je travaille au garage Delorme depuis onze ans. Nous réparons des voitures et nous ne faisons pas de publicité. Sur internet, notre page portait une note : 4,6 étoiles pour quarante avis. Le patron la vérifiait une fois par semaine, sans le dire à personne. Un matin de février, la note est tombée à 3,9. Rien n'avait changé dans l'atelier. En lisant les nouveaux avis, nous avons compris qu'ils ne parlaient pas de nous. Ils parlaient d'un garage fermé en 2021, à notre adresse. Le site avait mélangé les deux pages. Vingt avis anciens, presque tous à une ou deux étoiles, étaient arrivés chez nous. Le patron a rempli un formulaire. On lui a demandé une preuve : une photo du panneau et un papier de la société. Il a tout envoyé deux fois. Pendant deux mois, personne n'a répondu. Et pendant ces deux mois, nous avons eu plus de travail que jamais. Les vieux avis parlaient presque tous de la même chose : cet homme ne répond jamais au téléphone. Les gens ont arrêté d'appeler. Ils venaient à l'atelier, la voiture devant la porte et la clé dans la main. Un client déjà là ne va pas chercher un autre garage. Février et mars restent les deux meilleurs mois de l'année : cent trente réparations, contre cent en moyenne. En avril, le site a séparé les deux pages. La note est remontée à 4,6, et le téléphone a sonné de nouveau. Le mois d'avril est revenu à cent deux réparations. Le patron a dit une fois, en riant à moitié, qu'il aurait aimé garder les pages mélangées. Puis il a changé une seule chose, et pas sur internet : les mains dans un moteur, il ne répond plus au téléphone. Notre note dit 4,6 étoiles et ne dit rien de cela.