Mon oncle Robert a commandé le test un dimanche, devant toute la famille. Dans ce pays, ce type de test est interdit : la loi ne permet pas de chercher ses origines dans son sang. Il a donc envoyé son échantillon à l'étranger. Six semaines plus tard, un message est arrivé avec un tableau de pourcentages. Douze pour cent venaient de Sicile. Le reste venait de deux régions du nord que la famille connaissait déjà. Personne n'a demandé d'où sortait ce chiffre ; tous ont choisi de le remplir. Une tante a rappelé un vieux mariage sans nom, un cousin un homme parti au sud. Mon cousin Alain, lui, travaille dans les vieux registres. Il a suivi quatre générations à la mairie et dans deux villages voisins, sans trouver une seule ligne qui descende vers le sud. À table, ses papiers devant lui, il a tout expliqué. Pour Robert, la réponse a tenu en une ligne : le sang ne mentait pas, et le papier pouvait se perdre. Un an plus tard, le laboratoire a changé ses listes de comparaison. Le même échantillon a donné trois pour cent, et personne n'avait envoyé un nouveau tube. Mon cousin a essayé d'expliquer pourquoi, et la famille n'a jamais voulu l'entendre. Un pourcentage de ce type ne décrit pas un homme mort en 1870 : il compare un échantillon à des groupes de gens qui vivent aujourd'hui. Quand les groupes changent, le chiffre change. Sur le mur de son couloir, Robert a gardé la première page. Il a rangé l'autre dans un dossier, sans la lire jusqu'au bout. Il continue de dire douze. Ce que personne ne dit tout haut, c'est que la famille a une histoire de plus, et qu'elle ne vient d'aucun village. Aujourd'hui, Alain ne discute plus. Les registres lui ont donné ce que le test ne pouvait pas donner : des noms, des dates, un métier pour chaque homme.