Dans la cour de notre immeuble, il y a une poubelle verte pour le verre. Depuis le printemps, quelqu'un la remplit vers minuit. Le bruit réveille tout l'étage. Ma voisine du premier a collé un papier : « Le verre, c'est avant vingt heures. Merci. » Une semaine après, le bruit est revenu. J'ai écrit un autre papier, moins aimable. Un lundi, je n'ai pas dormi. À minuit, je suis sorti dans la cour. Une femme en vêtements bleus posait ses bouteilles une par une, lentement, comme dans une bibliothèque. Elle m'a vu et elle s'est excusée. Elle est infirmière à l'hôpital et elle finit à onze heures. « Le jour, je dors, et il ne me reste que la nuit », elle a dit. Le matin suivant, j'ai changé mon papier : « Le verre après minuit, c'est un travail de nuit. Dormez bien. » Maintenant j'entends encore les bouteilles. Mais je ne compte plus les heures, je compte le verre et je dors.