Dans ce village, chaque visiteur paie un petit impôt par nuit. Pendant quinze ans, ce système a tenu sur une feuille : en septembre, chaque propriétaire écrivait son nombre de nuits et l'apportait à la mairie. Je loue deux chambres, et personne n'a jamais vérifié ma feuille. Le village comptait environ quatre mille nuits par an, donc trois mille euros. En 2023, la règle a changé. Les sites internet qui prennent les réservations envoient l'argent directement à la mairie, chaque trimestre, avec le nombre exact de nuits. La première année, le chiffre est monté à dix-sept mille. Ce n'était pas un mensonge : presque personne ne remplissait la feuille, et plusieurs ignoraient qu'elle existait. L'argent est passé à treize mille euros par an, et la mairie a fait une liste : le toit de la salle, des tables, la bibliothèque ouverte le samedi. Puis une lettre des services de l'État est arrivée. Le vrai nombre de nuits donnait une autre population pour le mois d'août, et cette population a été comparée au débit de la source. Le résultat tenait dans un mot : insuffisant. La population d'août dépassait un seuil, et le village ne donnera plus une seule autorisation de construire avant d'avoir changé son réseau. Changer ce réseau coûte quatre cent mille euros. L'impôt sur les nuits en donne treize mille par an. La contrainte n'est donc pas l'argent, c'est l'eau. Ma voisine dit qu'il faut revenir à la feuille de septembre. Le maire lui a répondu que le débit de la source ne lit pas les feuilles. Le chiffre n'a pas créé le problème, il l'a rendu visible : tout le monde savait qu'en août l'eau montait mal au deuxième étage. Cet été, j'ai déclaré quatre familles de plus, et quand elles rentrent en même temps, l'eau s'arrête vingt minutes en haut de ma maison.