Entre notre jardin et celui des Ferrand, il y a un mur bas. Un vieil arbre pousse contre ce mur. Quand j'étais enfant, chaque maison ramassait les noix qui tombaient de son côté. Personne ne comptait. Il y a deux ans, leur fille et son mari ont pris la maison. Le mari a lu la loi. Il nous a écrit une lettre polie. Le pied de l'arbre est chez nous, mais ses branches passent le mur, et la loi donne les noix tombées au propriétaire du sol. Mon père a lu la lettre deux fois, puis il a dit le plus difficile : l'homme avait raison. L'automne suivant, mon père montait à l'échelle, et le mari attendait le vent. En octobre, le vent a soufflé deux nuits. Le matin, il y avait trois sacs de l'autre côté. Au printemps, il a demandé de couper l'arbre : trop d'ombre sur ses légumes. Mon père a dit non. La même année, la mairie a sorti les anciens plans pour un chemin. Sur le plan de 1954, la limite ne suit pas le mur. Elle passe dans l'arbre. Quelqu'un avait déplacé le mur d'un mètre vers 1970. L'arbre est donc sur la limite, et la loi dit autre chose. Il appartient aux deux maisons, et les noix se partagent par moitié : le vent n'y change plus rien. Le mari ne parle plus de couper. La moitié d'un vieil arbre lui donne plus que deux nuits de vent.