Le vendredi soir, je prends toujours le même train pour aller chez mon amie Sylvie. Ce train a un détail que je connaissais mal : à Dijon, il se coupe en deux. La première partie va à Besançon, la seconde part ailleurs. Une voix l'explique deux fois, très clairement. J'écoutais de la musique et je lisais. Je me suis réveillée à onze heures du soir dans une gare que je ne connaissais pas. Le nom sur le panneau était Chalon. Sylvie m'attendait à cent cinquante kilomètres de là. Il n'y avait plus de train cette nuit. J'ai appelé depuis les marches de la gare fermée. Elle a beaucoup ri. Puis elle a dit de ne pas bouger, qu'elle arriverait le matin suivant par le premier train. J'ai dormi dans un petit hôtel à côté de la gare. Une chambre avec une fenêtre sur la rue. Le matin, j'ai marché le long de la rivière sans rien chercher. Il y avait un marché sous les arbres, et personne ne savait que je ne devais pas être là. Sylvie est sortie du train vers une heure, avec du pain et deux pommes. Nous avons passé le reste du samedi dans une ville inconnue, sans rien à visiter. Depuis, elle raconte ce samedi à tout le monde. Elle dit que c'est notre plus belle journée de l'année. Moi, je n'avais rien organisé.