Ma mère vit seule à trois kilomètres du village. Depuis 2019, elle porte un petit bouton rouge sur elle, le jour et la nuit. Si elle tombe, elle appuie. Une voix répond dans l'appareil du salon, et si personne ne parle, les pompiers viennent. Le premier mardi de chaque mois, une femme du service appelle pour faire un test. Ma mère appuie, la voix répond, et la ligne est bonne. En mars, l'entreprise de téléphone a coupé les vieilles lignes du village. Un technicien a relié l'appareil de ma mère à une petite boîte noire, dans la cuisine. Il a essayé le bouton devant elle. Tout a fonctionné. Il a écrit la date sur une feuille et il est parti. Les tests des mois d'après ont fonctionné aussi. Sur le papier, rien n'avait changé, et le dossier du service disait que tout allait bien. Le vingt novembre, une tempête a coupé l'électricité pendant cinq heures et dix minutes. Ma mère n'est pas tombée cette nuit. Elle a appuyé sur le bouton pour une autre raison : la lumière était partie et elle voulait savoir si c'était tout le village. Personne n'a répondu. Elle a attendu dans le silence, elle a cherché une bougie, puis elle s'est couchée. Elle me l'a raconté deux jours plus tard, comme une chose sans importance. J'ai appelé le service. La vieille ligne fonctionnait sans électricité : elle recevait son électricité par le fil du téléphone. La boîte noire ne fonctionne que si la maison a l'électricité. Sa batterie est faite pour quatre heures. La tempête a dépassé cette batterie d'une heure et dix minutes. Le technicien est revenu avec une deuxième batterie, et le bouton fonctionne maintenant huit heures. Le test du premier mardi dit la même chose qu'avant : il mesure la ligne, et il n'a jamais mesuré l'électricité. Pour le service, la nuit du vingt novembre est une nuit sans problème.