Derrière l'ancienne école, les pompiers ont fait creuser un réservoir en 1986. Il est ouvert, large comme une salle de classe : si un feu part sur la colline, les camions prennent l'eau ici. Personne ne s'en est occupé pendant trente ans, et les grenouilles s'y sont installées. En avril, le fond est couvert d'œufs. Les règles de sécurité demandent deux nettoyages par an. Le technicien vient en mai et en septembre : il enlève les plantes, la terre du fond, puis il remplit à nouveau. Notre association a écrit onze pages pour dire une chose simple : ce réservoir est devenu un habitat, et le nettoyage de mai tombe quand les grenouilles pondent. Nous avons obtenu une exemption pour le mois de mai. Tout le monde attendait une hausse. Je compte les adultes trois soirs de suite, au même endroit, depuis 2014 : après l'exemption, les chiffres sont descendus. 140, puis 96, puis 61. Pendant deux ans, j'ai cherché l'erreur dans ma façon de compter. Elle n'y était pas. Ce que je n'avais pas regardé, c'est le ruisseau en bas du terrain. Les grenouilles pondent dans le réservoir, mais les petits passent leur premier été plus bas. La corrélation est nette : les trois années où le ruisseau a été à sec avant le 15 juillet sont les trois années où la progéniture a disparu. Notre hypothèse n'était pas fausse, elle était insuffisante : le nettoyage de mai enlevait des œufs, la sécheresse de juillet enlevait le reste. Le réservoir n'était pas la cause, il était le côté visible. Cette année, le dossier demande de garder un peu d'eau dans le bas du ruisseau jusqu'en août. Le maire a été franc : il n'existe pas de règle pour ça, donc il n'existe pas de dossier. L'exemption, elle, tient toujours. Elle protège un indicateur, et nous avons appris à ne pas le confondre avec l'animal.