Cet été, j'ai travaillé à la réception d'un camping. Juillet et août. Le patron a une seule règle : chaque arrivée dans le registre. Sur papier. Le nom, l'emplacement, et jusqu'à quand la famille reste. Il y a aussi un ordinateur, et tout est dedans. Le registre, c'est deux fois le même travail. Pendant trois semaines, j'ai trouvé ça inutile. Les clients attendaient avec leurs valises et j'écrivais lentement. Le douze août, un orage a cassé l'électricité du village. Pendant deux jours, rien. Personne ne savait qui était où. Seul le registre le savait. J'ai lu les pages à haute voix et nous avons retrouvé tout le monde : soixante emplacements, qui partait le samedi, qui restait en septembre. Après l'orage, j'attendais une phrase du patron. Elle n'est pas venue. Il a dit autre chose. « Cette semaine, le registre a servi. Les quinze autres années, non. » Puis il a proposé de l'arrêter. J'ai dit non. Maintenant c'est moi qui écris les noms, et le patron regarde l'ordinateur.