L'usine de coton de ma ville a fermé en 1983. Depuis vingt ans, le bâtiment est une bibliothèque. Cette année, la ville a préparé une exposition sur les ouvriers : des photos, deux machines, une liste de noms. La sirène était encore là, tout en haut du mur. Un homme de la ville l'a réparée. Depuis le premier jour, elle sonne chaque matin à dix heures. Le lundi, à neuf heures trente, trois dames attendaient déjà devant la porte. La responsable leur a expliqué que l'exposition ouvrait à dix heures. Madame Delcourt a dit tranquillement : « On arrive toujours avant la sirène. » Elle a commencé ici à quinze ans et elle est partie à cinquante. Elle ne parle jamais des machines, ni du bruit. Elle parle de la sirène. Elle se réveille encore à cinq heures, quarante ans après. L'exposition a fini en mars. La sirène sonne toujours. Personne ne travaille dans cette rue. Mais trois dames arrivent toujours à neuf heures trente.