En janvier, j'ai fini par faire ce que je reportais depuis des mois : j'ai mis dans un tableur tout ce que je payais chaque mois sans y penser. Mon mari, économe par tempérament, regardait l'écran avec une satisfaction qu'il ne cherchait pas à dissimuler. J'ai trouvé onze abonnements : de la musique, des films, un journal que je ne lisais plus, une application de piano jamais ouverte. Pris un par un, aucun n'était coûteux ; c'est l'accumulation qui l'était, et le calcul donnait deux cents euros par mois. Ce qui m'a le plus étonnée, c'est le caractère insidieux du système. Chaque abonnement avait commencé par un mois gratuit, s'était renouvelé tout seul, puis avait augmenté de façon imperceptible, jamais assez pour qu'on s'arrête. Dix d'entre eux ont disparu en une soirée : il fallait seulement trouver un bouton caché au fond d'un menu. Le onzième, celui de la salle de sport, exigeait une démarche plus laborieuse, sur place, à la réception. J'ai alors dû admettre ce que je savais sans me le dire : je n'avais pas mis les pieds dans cette salle depuis quinze mois. Pourtant, chaque fois que je passais devant, j'éprouvais une légère culpabilité, et l'abonnement l'apaisait. Je payais, donc j'étais encore une femme sportive. Mon mari m'a dit catégoriquement que je payais quarante euros par mois pour ne pas y aller. Il avait raison, et pourtant je défendais cette dépense avec une énergie qui m'étonnait. Mon ambivalence n'avait rien de logique, mais elle était sincère. Un samedi, j'y suis allée pour résilier. La jeune femme m'a proposé une réduction, puis, voyant que j'hésitais, une suspension gratuite de trois mois. J'ai accepté avec un soupir de soulagement, et j'ai compris en rentrant ce que je venais d'obtenir : trois mois de plus de la même illusion, sans même payer. La salle ne me vendait pas du sport ; elle me vendait une image de moi plus forte, et elle savait mieux que moi ce que je payais vraiment. Ceux qui viennent chaque semaine lui coûtent cher ; ceux qui paient sans venir sont ses meilleurs clients. En avril, la suspension a expiré. Cette fois, j'ai résilié sur place, et cela a pris quatre minutes. La culpabilité n'a pas disparu tout de suite, mais elle n'avait plus de place dans le tableur. Le dimanche d'après, je suis allée courir dans le parc, ce qui ne coûte rien. Je cours mal et rarement, mais c'est moi qui cours, et non plus ma carte.