Chaque printemps, il y a un vide-grenier sur la place du village. Ma tante Yvonne prend une table depuis quinze ans. Elle vend les mêmes choses : des verres, deux lampes, quelques livres et la vieille radio de son père. En réalité, elle ne vend rien. Ses prix sont impossibles. Une lampe à quarante, la radio à deux cents. Je porte les caisses chaque année et je lui dis la même phrase : « Tante Yvonne, personne ne va payer ça. » Elle dit qu'elle n'est pas pressée. Cette fois, un homme est resté longtemps devant la table. Il a tourné les boutons, il a regardé le bois, il a demandé si elle marchait encore. Ma tante a expliqué que son père l'avait achetée à Limoges, avec son premier salaire. L'homme a sorti son argent. Le prix entier, sans discuter. Ma tante a fermé la radio dans sa boîte et elle a dit non. Nous sommes rentrés sans un mot. Dans la voiture, j'ai compris une chose simple. Ce n'est pas un prix, c'est une question. Chaque année, un inconnu demande si la radio de son père marche encore, et elle peut parler de lui. Le printemps suivant, la radio était sur la table, à deux cent cinquante. À côté, j'ai posé ma première guitare. Je ne joue plus depuis le lycée. J'ai écrit trois cents sur un papier. Un garçon l'a essayée un long moment, puis il a demandé le prix. J'ai dit que je n'étais pas pressée.