Dans la cour de notre immeuble, chaque appartement a une place pour sa voiture. Un numéro écrit par terre. J'ai la sept. Depuis le mois de mars, une petite voiture grise était à ma place tous les jeudis soir. J'ai d'abord laissé un mot sur la porte de la voiture : « Cette place est la sept, merci. » Le jeudi suivant, la voiture était là et mon mot avait disparu. J'ai écrit trois autres mots. Le dernier n'était pas très aimable. En mai, je suis restée dans la cour. À sept heures, une femme est sortie de la voiture avec un grand sac blanc. Une infirmière. Elle montait au dernier étage, chez monsieur Prigent, tous les jeudis. Elle avait vingt minutes entre deux visites et elle courait dans l'escalier. Je ne suis pas allée lui parler. J'ai simplement arrêté d'écrire des mots. Pendant six mois, le jeudi soir, j'ai laissé ma voiture dans la rue et j'ai marché cent pas. Cela ne m'a rien coûté. En novembre, la voiture grise n'est plus venue. Monsieur Prigent est parti chez sa fille, à Rennes. Maintenant ma place est libre tous les jours de la semaine. Le jeudi soir, je la laisse vide quand même. Je ne saurais pas expliquer pourquoi.