Nous avons acheté la maison en mars. La loi demande un rapport pour tout logement construit avant 1949, et un technicien avait passé son appareil sur chaque mur. Il avait trouvé du plomb dans une vieille peinture, sous trois couches plus récentes. Ma femme attendait un enfant pour l'automne. Nous avons lu la première page et décidé de tout enlever. La famille qui vendait la maison a mal pris la chose. Le fils du propriétaire a dit que trois générations avaient grandi dans ce couloir sans tomber malades. Il avait raison, mais pas sur la raison. Les ouvriers ont frotté à sec les vieux bords des fenêtres pendant deux jours. La poussière est descendue partout. La ligne huit du rapport disait autre chose, et nous ne l'avions pas lue. Une peinture couverte et dure ne donne presque rien : le risque vit dans la poussière des fenêtres et des portes, là où le sec frotte le sec. La même ligne ajoutait qu'il ne faut jamais frotter sans eau. Le chantier que nous avions payé pour protéger notre enfant a mis plus de plomb dans l'air que ce couloir n'en avait mis en quarante ans. L'analyse de sang, six semaines après, a donné le chiffre le plus haut de cette histoire. Il restait sous le seuil, mais le médecin a demandé une deuxième analyse et il a posé une question : qui avait travaillé dans la maison. Nous avons arrêté les ouvriers le jour même. Depuis, un chiffon mouillé passe sur les fenêtres et les seuils chaque semaine, et nous avons couvert la vieille peinture au lieu de l'enlever. En février, la deuxième analyse a donné la moitié du premier chiffre. Rien d'autre n'avait changé : ni les murs, ni les fenêtres, ni la peinture d'avant. Le rapport coûtait cent quarante euros et le chantier onze mille. Ce qui a protégé l'enfant coûte le prix d'un chiffon, et c'était écrit à la page deux.