Sur le monument de notre village, il y a vingt-deux noms et une seule date : 1919. Chaque novembre, un enfant de l'école lit la liste à voix haute. J'ai lu ces noms en 1998, à dix ans. L'an dernier, une femme est venue de Lyon. Elle cherchait son arrière-grand-père, né ici, mort en 1917. Son nom n'était pas sur la pierre. Elle nous a montré un papier de l'armée : « Bourgeat, Léon. » Sur le monument, la ligne dit « Bourget, Léon ». Deux lignes plus haut, il y a aussi « Bourget, Paul ». Nous avons ouvert les registres de la commune. Les deux familles existaient : les Bourget du haut, les Bourgeat de la ferme basse. Puis nous avons trouvé une facture. En 1970, la pierre avait été nettoyée et une lettre avait été enlevée. Au dos, l'ouvrier avait écrit son travail : « Nom Bourgeat : faute d'orthographe. Lettre enlevée. » Il n'avait pas trouvé une faute. Il avait trouvé une autre famille, et il avait pensé que c'était la même. La femme de Lyon n'a rien demandé. Elle a regardé la pierre longtemps, puis elle a rangé son papier dans son sac. Le conseil a décidé de remettre la lettre. Le « a » est arrivé en juin, dans une pierre plus claire que les autres. La liste compte toujours vingt-deux noms. Une seule lettre est plus claire que les autres, et c'est la seule qui était là au début.