Dans notre vallée, le brouillard arrive en novembre. Il reste toute la journée. À midi, nous avons besoin d'une lampe. Ma cousine Alice habite sur la colline, deux cents mètres plus haut. Elle a acheté cette maison pour une seule raison : le soleil. Pendant dix ans, j'ai pensé qu'elle avait raison. En novembre dernier, je suis monté chez elle un dimanche. En haut, il y avait le soleil. En bas, du blanc. Mais ce n'était pas un nuage gris. C'était une longue ligne blanche, et cette ligne tournait. Le brouillard suivait exactement la rivière. Où l'eau tourne, le blanc tourne aussi. J'ai vu la forme de la rivière sans voir l'eau. « Je regarde ça chaque matin », a dit Alice. Puis elle a dit autre chose. En dix ans, elle n'est jamais descendue dans le brouillard. Je lui ai expliqué : dedans, on ne voit rien, mais on entend la rivière. Le bruit vient de partout. Maintenant, en novembre, elle descend le dimanche matin. Moi, je monte.