Sous l'école, il y a un terrain que la mairie faisait couper six fois par an. Je travaille à la mairie, donc je connais le prix exact : deux matins et de l'essence, à chaque passage. En 2021, la machine est tombée en panne au mois de mai. Le budget de l'année partait dans le toit de la salle des fêtes, et personne n'a pris de décision : l'herbe a simplement poussé. L'été suivant, elle montait plus haut qu'un enfant. Deux familles ont écrit à la mairie, une classe est venue avec des cahiers, et rien d'autre n'est arrivé. Au printemps 2023, une association de la vallée nous a envoyé deux pages pour remercier la mairie d'avoir laissé ce terrain à la nature. L'adjoint a répondu que nous étions sensibles à ces questions. Il n'a pas menti, mais la décision qu'on nous remerciait n'a jamais été prise. Ce printemps, la classe de madame Leroy a compté les fleurs sur deux espaces d'un mètre : un au bord du chemin, où la machine passe encore, et un au milieu du terrain. Au bord du chemin, quatre fleurs ; au milieu, 19 fleurs et tellement d'insectes que les enfants ont abandonné le compte. Les abeilles du fermier sont à 300 mètres. Il dit que son miel de juillet a changé de goût : pour lui, l'herbe haute est un état, pas un choix. Cette année, un nouveau budget est arrivé, et avec lui une autre machine. Couper ce terrain serait maintenant une décision, et ne pas le couper serait aussi une décision. C'est là que les deux pages ont pesé : le récit est venu après, et il a créé une contrainte que la panne n'avait pas créée. Nous allons couper deux mètres le long du chemin et le reste une fois par an, en octobre. L'association est venue poser un panneau au printemps. Il dit : espace géré depuis 2021. La date est juste, le mot est faux, et la mairie a préféré ne rien dire.