Pendant vingt ans, le département a coupé l'herbe des bords de route trois fois par an. Depuis quatre ans, une machine passe une seule fois, en septembre, et elle ne touche que le premier mètre. Le service n'explique pas ça avec des fleurs. Dans ses papiers, il y a deux lignes : l'essence et les heures des employés. Les fleurs arrivent après. La première année, quinze habitants ont écrit à la mairie. Les lettres répétaient la même chose : la route a l'air sale, on dirait un endroit que personne ne garde plus. Une association a compté les espèces en juin et en a trouvé soixante et onze sur deux kilomètres. Au conseil, personne n'a changé d'avis : les lettres parlaient d'ordre, pas de nature. Une seule plainte parlait d'une chose que l'on pouvait mesurer. Au bout du chemin de la ferme, l'herbe haute cachait le panneau, et un conducteur ne voyait la route qu'au dernier moment. Le service a regardé la visibilité depuis une voiture et a coupé ce coin quatre fois cette année, sans rien changer ailleurs. C'était la première réponse utile depuis deux ans, et elle tenait sur trente mètres. L'été d'après, le pays a passé sept semaines sans pluie. Les bords coupés sont devenus bruns en dix jours ; l'herbe haute est restée verte deux semaines de plus, car l'ombre garde l'eau. Après les pluies d'octobre, la terre a cessé de glisser au bas de la pente. Personne ne cherchait ça ; un employé l'a écrit dans son rapport, entre deux chiffres. Aujourd'hui, le conseil ne discute plus de couper ou non : il envoie une liste d'endroits, onze cette année, et le département en accepte neuf. Les deux qu'il refuse sont les deux où personne ne marche. Les fleurs sont toujours là et personne n'en parle. Elles n'étaient pas le but : elles sont ce qui reste quand une machine passe deux fois de moins.