Je travaille deux jours par semaine à la déchetterie du village. Je montre aux gens où jeter leurs affaires. Le problème, c'est que la moitié de ces affaires marche encore. Des chaises, des lampes, des jouets, des outils. Pendant six ans, j'ai gardé une étagère à côté du bureau. La règle n'était pas écrite : tu prends ce que tu veux, tu laisses ce que tu veux. Le samedi matin, beaucoup de gens venaient pour l'étagère et pas pour leurs ordures. En janvier, un nouveau directeur est arrivé. Il a parlé d'assurance : si une lampe prend feu chez quelqu'un, qui paie ? Il avait raison, sur le papier. L'étagère est partie dans un camion le même jour. Deux semaines après, quelqu'un a laissé une chaise devant le portail, dehors, sur le bord de la route. Puis une table. Puis trois lampes et une caisse de livres. Personne n'a rien demandé à personne. L'étagère est revenue toute seule, à quelques pas de l'ancienne. De l'autre côté du portail, la déchetterie finit et la route commence. Ce n'est plus mon travail. Le premier samedi de mars, le directeur est passé en voiture. Il s'est arrêté devant la chaise et il a pris une lampe. Il m'a vu. Il a fait un signe de la main et il est parti. Le règlement est respecté. L'étagère est de l'autre côté du portail. Et quand il y a de la pluie, je mets les livres sous un sac.