Dans notre village, la salle des fêtes appartient à la mairie. Pour une famille, un samedi coûte deux cents euros ; pour une association, elle est gratuite. Bernard voulait la salle pour l'anniversaire de sa fille : soixante chaises, un samedi de juin. Il ne voulait pas payer deux cents euros. Il a lu le règlement deux fois, puis il a créé une association. La loi est simple : il faut être trois et envoyer une déclaration. Il a écrit un nom sur le papier, Les Amis de la Place, et il en est devenu président. La mairie ne pouvait pas refuser : le règlement demandait une association et il en avait une. La secrétaire a ajouté une ligne : la soirée est une activité ouverte aux membres. Bernard a signé sans lire. Les nouvelles associations sont publiées dans un journal. Trois semaines plus tard, un couple de retraités a lu la déclaration et a demandé à devenir membre. Il fallait payer deux euros par an, un prix que Bernard avait écrit pour que la chose ait l'air vraie. Il est venu chez moi avec leur lettre. Il voulait répondre que la salle était pleine. Je lui ai expliqué ce qui arriverait s'il disait non. Si une association refuse ses propres membres, ce n'est plus une association ; alors la salle coûte deux cents euros. Il a écrit deux lignes aimables. Le couple est venu. Personne ne les connaissait, ils ont apporté un gâteau et ils sont restés les derniers. Trois ans plus tard, l'association existe toujours : quarante membres, deux euros par an, et la salle réservée quatre fois dans l'année. Un repas au printemps et une journée de livres en septembre. Bernard est toujours président et il parle des papiers et des clés à rendre le lundi matin. Le règlement ne lui demandait pas deux cents euros : il demandait une association. Il en a fabriqué une pour un seul soir, et c'est elle qui l'a gardé.