Ma voisine du premier habite dans cet immeuble depuis quarante ans. Sur sa boîte aux lettres, il y a un nom : Vidal. Pendant huit ans, je lui ai dit « Bonjour, madame Vidal » dans l'escalier. Elle répondait toujours « Bonjour », jamais plus. En mars, le facteur m'a arrêtée devant les boîtes. Il cherchait madame Vidal. « Madame Vidal est partie en deux mille dix, et votre voisine, c'est madame Loubet », il a dit. J'ai compté : huit ans de bonjour avec le nom de quelqu'un d'autre. Le soir, je suis montée chez elle avec un gâteau et beaucoup d'excuses. Elle a écouté, puis elle a souri. Elle a dit : « Je sais. Madame Vidal, c'était ma mère. » Sa mère est morte dans cet appartement. Depuis, personne ne dit plus ce nom dans l'escalier. « Alors continuez. Une fois par jour, c'est bien », elle a dit. Maintenant je connais son vrai nom. Je ne le dis jamais.